Le destin, ou plutôt une carrière guidée par la passion et l’engagement pour toute chose éthique et pro, m’a menée, pour un projet en architecture, chez le plus grand producteurs mondial de Cacao. Pour ceux qui me connaissent, mon branding tourne autour de l’architecture, ma vie de maman de 4 et … du chocolat.
Il y a eu la chocolaterie à Madagascar qui produit les barres Beyond Good, les missions à Ambanja dans les allées de cacaoyer (un bébé de 4 mois dans le kangourou) et bien sûr les tonnes englouties en charette.
Félix Houphouët-Boigny (lui-même issu d’une famille de planteurs), a fait de l’agriculture, et particulièrement du cacao, le moteur économique de la Côte d’Ivoire. Aux dépens de sa couverture forestière, le pays produit près de 40 % du cacao de la planète.
En garantissant un prix stable aux planteurs, le modèle de la Caistab a permis de créer une classe moyenne rurale. Cela a assuré une stabilité politique rare dans la région à cette époque et a fonctionné comme un fonds souverain avant l’heure, permettant de construire des universités, des barrages et des routes sans dépendre uniquement de l’aide internationale.
La dépendance à l’industrie de la transformation a fait que la Côte d’Ivoire s’est enfermée dans un rôle de fournisseur de fèves brutes, sans valeur ajoutée. la dépendance à l’industrie de la transformation — réside dans le fait que la Côte d’Ivoire s’est enfermée dans un rôle de fournisseur de fèves brutes, sans valeur ajoutée.
Nous assistons en ce moment même à un véritable tournant historique pour l’économie du continent. Lassés de voir la valeur ajoutée leur échapper (les producteurs africains ne captant historiquement qu’environ 15 % des profits du marché mondial du chocolat), le Ghana et le Nigeria, rejoints par la Côte d’Ivoire et le Cameroun, viennent de lancer une offensive majeure pour mettre fin à l’exportation du cacao brut.
Le 15 juillet 2026, lors du Cocoa Value Addition Summit à Abuja, le président Bola Tinubu a officialisé l’interdiction d’exporter les fèves de cacao crues vers l’Occident. Mais cette “guerre du caocao” implique des coûts immédiats massifs et doit briser un système de barrières douanières et de pressions corporatistes occidentales très sophistiqué.
Si comme en 1987 en Côte d’Ivoire, les multinationales occidentales boycottent en retour ou si les usines locales s’avèrent incapables d’absorber toute la récolte à cause d’un goulot d’étranglement logistique, les stocks de fèves vont s’accumuler et pourrir dans les ports.
Pendant des décennies, les grands négociants et chocolatiers occidentaux ont divisé pour mieux régner, jouant sur la concurrence entre les pays africains pour maintenir les prix au plus bas.
L’opportunité historique de 2026 réside dans l’effet de coalition. Isolé, le Nigeria ne pèse pas assez pour faire plier les lobbys. Mais en s’alliant, et en offrant sa puissance énergétique (dans un contexte pétrolier extrêmement délétère) au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Cameroun au sein d’un front commun, une véritable configuration de cartel (comme l’OPEP pour le pétrole) mettra en lumière une réalité physique imparable : le chocolat mondial ne peut pas se passer d’eux.
Photos : petit parcours chocolaté depuis les plantations d’Ambanja en 2017 au pied de la Tour F d’Abidjan la plus grande tour d’Afrique


