En 2015, j’ai eu l’opportunité de participer au monumentale ouvrage, ma 1ère expérience panafricaine en architecture, the Architectural Guide Subsharan Africa DOM Publisher et j’ai eu l’opportunité de rédiger cet article “From Great Expectations to Great Deficit : Madagascar’s Subsidised Housing Projects” https://share.google/hQuYj7fUsJyt8JgCt. Mais bon…depuis je n’ai pu construire un seul m2 de logement social subventionné.

Les architectes sont peu impliqués dans les projets de développement, notamment ceux portant sur les équipements de base et les logements, la plupart du tems en raison d’un décalage entre la logique économique de ces programmes et les conditions d’exercice de la profession.

Surtout dans les pays du Sud, les projets de développement reposent sur des budgets contraints et des calendriers serrés qui laissent peu de place à une véritable réflexion sur la qualité spatiale ou l’adaptation au contexte local. D’ailleurs il faut reconnaître, comme dans mon cas, beaucoup d’architectes ne disposent pas d’un modèle économique viable leur permettant de s’impliquer souvenr dans des projets à faible marge, et doivent privilégier des commandes privées ou institutionnelles plus rémunératrices pour assurer la viabilité de leur pratique.

Les dispositifs de commande publique (en général lorsqu’elle existe) ou de financement du développement tendent à privilégier une approche technico-économique où la quantité, la rapidité d’exécution et la conformité budgétaire priment sur la qualité d’usage. Dans ces conditions, la conception architecturale est souvent considérée comme un coût additionnel, non comme une valeur ajoutée. Les projets sont confiés à des ingénieurs ou à des entreprises capables de livrer en masse, ce qui marginalise les architectes au profit d’acteurs perçus comme plus “efficaces” dans une logique de rendement.

Par ailleurs, la formation et la pratique professionnelle en architecture restent encore peu orientées vers les enjeux économiques et sociaux du développement. L’absence d’écoles d’architecture et si elles existent les programmes adaptés à ces réalités ne sont pas priorisés dans le curriculum. La plupart des cursus se concentrent sur la conception formelle et esthétique, sans offrir d’outils solides en gestion de projet, en montage financier ou en évaluation d’impact social.

Cette lacune structurelle limite la capacité des jeunes architectes à comprendre les logiques institutionnelles et économiques des bailleurs, à élaborer des propositions viables ou à participer aux discussions stratégiques sur les politiques de l’habitat et des infrastructures. Faute d’une formation ancrée dans les contextes locaux et ouverte aux dynamiques du développement, les architectes se trouvent souvent écartés des dispositifs de décision, cantonnés à des rôles de dessin ou d’assistance technique alors qu’ils pourraient contribuer à concevoir des modèles plus durables, inclusifs et économiquement pertinents.

Ailleurs, certains modèles et programmes montrent qu’une autre approche est possible. Les expériences menées à Curitiba au Brésil, à Medellín en Colombie ou à Kigali au Rwanda ont démontré qu’une intégration précoce des architectes et urbanistes dans la planification peut transformer durablement les villes. À Medellín, la création d’équipements publics de proximité — bibliothèques, écoles, passerelles, espaces publics — conçus avec une forte attention au contexte social et spatial, a permis de réduire les inégalités et de renforcer le sentiment d’appartenance. De même, les programmes d’habitat participatif au Chili, comme le projet “Elemental” dirigé par Alejandro Aravena, ont montré qu’une architecture pensée avec et pour les communautés peut allier sobriété budgétaire, évolutivité et dignité. Ces exemples prouvent que lorsque la conception est considérée comme un investissement social plutôt qu’un luxe, les projets deviennent plus durables, plus inclusifs et plus efficaces.

L’enjeu n’est donc pas un manque de compétence, la rhétorique makaleo be qui s’écoute avec un fond de jazz pour ne pas péter un câble, mais la nécessité de repenser les modèles de financement et de commande afin de reconnaître la conception comme une étape essentielle du développement. En intégrant les architectes dès les premières phases, les projets d’équipements et de logements peuvent gagner en durabilité, en adaptabilité et en qualité de vie pour les usagers, tout en démontrant que la valeur d’un projet ne se mesure pas seulement en mètres carrés construits, mais en transformations sociales et territoriales durables.

#WorldArchitectureDay
Images : logements pour soignants dans le Bongolava avec Architectes Sans frontières Québec

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