Nous sommes arrivés le soir, tard. La question de la mobilité sur le territoire a été longuement discutée durant le trajet. Mes collègues, qui comme moi ont travaillé sur plusieurs îles, ont une expérience empirique sur ces questions, notamment quand il s’agissait de se déplacer d’une localité à une autre. Ouep, ils ont le train urbain ici et le téléphérique là-bas, mais en fin de compte tout le monde a une voiture. La transition énergétique à travers l’usage des voitures électriques est en cours, rapidement, par l’import des équipements subventionnés et détaxés, mais ce sera pour une autre fois, une autre mission.
Je me suis faite réveiller par des cris assez stridents, un peu saccadés. La chauve-souris et son amie, le martin, se sont retrouvées coincées dans l’arbre entre les fruits et les filets. Pas possible de les tuer, elles sont protégées ici. Tellement, tellement, que la population s’est multipliée. Maintenant on retrouve ces étranges énormes filets, très voyants, partout dans les jardins pour protéger les arbres. L’État subventionne (1) . Ça aide pas mal. Ça protège les fruits : letchis, mangues, etc.
Je connais bien le pays mais pas super bien. Je ne sais pas comment expliquer. Comme les touristes consultants que nous sommes, on rédigera des kilomètres sur les aspects technico-techniques demandés, mais que dalle sur le zeitgeist et autres spécificités hors sujets des termes de référence. Pour une architecte c’est un comble, donc j’exploite toujours un peu mon ignorance et ma curiosité.
Donc je suis à Pamplemousses à explorer une très belle forêt. Je découvre que les palmiers à huile d’Afrique occidentale (2) ont transité ici avant de coloniser l’Indonésie. Et que le flamboyant est vraiment malgache…
annn
je parlerai du Delonix Regia dans un super long form post
(1) Le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), sous l’égide du Ministère de l’Agro‑Industrie, de la Sécurité Alimentaire, de l’Économie Bleue et de la Pêche, met en œuvre un Fruit Protection Scheme (plan d’assistance financière). Pour la saison 2025-2026, ce plan prévoit une subvention équivalente à 50 % du coût des filets destinés à protéger les arbres fruitiers — litchis, mangues, longanes, fraises — contre les oiseaux et les chauves-souris. farei.mu wazaa.mu
L’aide couvre un maximum de 5 arbres pour des arrière-cours (jardin domestique) ou jusqu’à 60 arbres pour un verger. agriculture.govmu.org farei.mu
(2) Au XVIIᵉ siècle, l’île Maurice faisait partie du réseau commercial de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales), devenue l’une des principales puissances maritimes d’Asie. L’île, occupée par les Néerlandais de 1598 à 1710 et nommée “Mauritius” en l’honneur de Maurice de Nassau, servait surtout d’escale stratégique sur la route reliant le Cap de Bonne-Espérance aux Indes orientales, notamment Batavia (Jakarta) et Java. Cette fonction logistique permit à la VOC de développer une circulation à la fois commerciale, technique et botanique entre l’Afrique, les Mascareignes, l’Inde et l’Indonésie, où les jardins botaniques, stations d’acclimatation et dépôts de semences constituaient une infrastructure cruciale de l’économie impériale. Dans ce contexte, il est historiquement plausible que certaines espèces africaines, dont le palmier à huile, aient transité par les Mascareignes avant leur introduction en Asie — bien qu’aucune source archivistique ne confirme de manière définitive ce passage pour les quatre plantules introduites à Bogor en 1848. Ce dernier événement, attesté par les sources botaniques, marque la première implantation documentée du palmier à huile en Asie du Sud-Est, à partir de semis africains envoyés aux Jardins botaniques de Bogor (Java), aujourd’hui considérés comme le matériel génétique fondateur de l’industrie indo-malaisienne de l’huile de palme. La présence néerlandaise à Maurice, le rôle central de la VOC dans les échanges interocéaniques, et la vocation botanique des Mascareignes rendent cette hypothèse cohérente, même si la preuve du transit reste manquante.
Introduction du palmier à huile en Asie (1848) :
https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-southeast-asian-studies/article/shallow-roots-the-early-oil-palm-industry-in-southeast-asia-18481940/EB9B53BBAF6698ED0EE151BD11CF93E2
https://uses.plantnet-project.org/fr/Elaeis_guineensis_(PROTA)
Origine africaine d’Elaeis guineensis :
https://www.fao.org/4/y4355e/y4355e03.htm
https://www.academie-agriculture.fr/sites/default/files/publications/encyclopedie/palmier_a_huile_contexte_africain.pdf
Hypothèses de transit Mascareignes → Java (sources secondaires) :
https://historia.id/article/jejak-kelapa-sawit-di-kebun-raya-bogor-p0zj7
https://oilpalmblog.wordpress.com/2013/12/15/3-development-of-the-oil-palm-plantation-industry/