par Flo Le Tantsaha https://www.facebook.com/florian.fraixbavuz
On a souvent tendance à penser que les plantes ne se déplacent pas. Cette idée est pourtant en partie erronée. Certes, elles n’ont ni jambes ni ailes, mais certaines « avancent » bel et bien. C’est le cas du palmier marcheur, de la fausse rose de Jéricho ou encore de l’iris marcheur. Le palmier marcheur peut ainsi se déplacer de quelques mètres au cours de sa vie ; la rose de Jéricho, portée par le vent, peut parcourir plusieurs kilomètres ; quant à l’iris marcheur, il progresse d’environ vingt centimètres par an, grâce à sa hampe florale qui retombe au sol, s’enracine et produit de nouveaux rejets, donnant naissance à des clones identiques un peu plus loin.
Cependant, ces déplacements restent modestes comparés à d’autres mécanismes bien plus spectaculaires. Sur un terrain nu, on observe progressivement l’installation d’herbacées, puis d’arbustes et enfin d’arbres, qui germent et se développent sur une zone auparavant totalement dépourvue de végétation: les plantes se “déplacent” donc, puisqu’elles “arrivent” sur un terrain auparavant dénudé. Cette colonisation est rendue possible par plusieurs facteurs : la dispersion par le vent, par les alluvions, mais aussi par les animaux, qui transportent les graines sur leur pelage ou les ingèrent avant de les disséminer plus loin.
À Madagascar, les principaux agents de dispersion des semences sont les oiseaux et les lémuriens. Or, les lémuriens nous sont relativement proches sur le plan biologique, et une grande partie de ce qu’ils consomment est également comestible pour l’être humain, notamment au niveau des fruits. De nombreux arbres forestiers ont ainsi évolué en interaction étroite avec eux, dans une forme de symbiose : l’arbre produit des fruits sucrés et nutritifs, le lémurien les consomme et en assure la dispersion, favorisant l’installation de l’espèce sur de vastes territoires. Ces fruits, appréciés par les lémuriens, le sont bien souvent aussi par l’homme.
Les forêts malgaches recèlent ainsi une richesse remarquable en arbres fruitiers comestibles, bien que ceux-ci n’aient pas été sélectionnés par l’homme. Cette absence de sélection a des conséquences notables : les fruits sont généralement peu charnus — la pulpe sucrée étant coûteuse en énergie pour la plante — et renferment de grosses graines, souvent dures, riches en réserves. Celles-ci favorisent la croissance rapide de la plantule tout en la protégeant partiellement des sucs gastriques des lémuriens.
Dans de nombreuses régions d’Asie, d’Europe ou d’Afrique, les fruits ont fait l’objet d’une sélection humaine sur plusieurs centaines, voire milliers d’années, donnant naissance aux pommes, abricots, bananes ou au maïs que nous connaissons aujourd’hui. À Madagascar, en revanche, l’installation de populations agricoles est relativement récente à l’échelle de l’histoire humaine. Cette brièveté, conjuguée à une forte tradition de chasse et de cueillette, n’a pas permis l’émergence d’un long processus de sélection variétale.
Cette situation constitue à la fois une chance et un défi pour Madagascar. Une chance, car l’île dispose d’une diversité exceptionnelle de fruits comestibles, encore peu ou pas connus à l’échelle mondiale. Un défi, car il est désormais nécessaire de :
1. les inventorier ;
2. les multiplier ;
3. les sélectionner ;
4. les améliorer.
Un tel travail ne peut être l’œuvre d’un individu isolé. Il requiert l’engagement de nombreuses personnes, sur le long terme. Si certaines espèces présentent des cycles de vie courts, d’autres exigent des décennies avant de révéler leur plein potentiel. Ce processus de sélection peut ainsi s’inscrire sur dix ans, une vie entière, voire plusieurs générations.
C’est à ce prix que pourra rayonner la biodiversité malgache, unique au monde.
Trees: histories, symbols, ecological values
for #dendrophiles, Antson’ny tontolo miaina
nota : je prête mon profil pour donner la palabre aux gardiens et aider à sensibiliser au mieux sur les forêts de Madagascar






