Il existe une Gen Z que les gens de bonne moralité n’aiment pas révéler. Celle qu’on a reléguée dans les bas-fonds, nourrie de bonheurs d’occasion, de petits boulots de survie et d’écoles qu’on ferme dès la première montée de l’eau.
Cette jeunesse-là ne poste pas de stories léchées. Elle scrolle sur des téléphones fissurés, avec des forfaits à la journée, et ne connaît la capitale que par ses ruelles d’arrière-cour.
Quand la ville s’embrase spontanément avec ou sans BAREA, c’est souvent elle qu’on aperçoit se ruer dans les belles avenues – pas parce qu’elle rêve de chaos, mais parce qu’on ne lui a jamais offert autre chose qu’un présent précaire et un futur incertain. et aussi parce qu’on ne les a pas intégrés dans ces fameux canaux bitchat anonymous destinés aux polytechniciens activitistes.
Depuis quelques jours, j’observe avec une certaine perplexité la manière dont les « voix » en ligne ont choisi – ou non – de s’impliquer dans la tourmente que traverse le pays.
Beaucoup se réfugient derrière un esthétisme prudent : on poste des images soignées, on partage des citations apaisantes, on évoque vaguement « le changement » mais sans jamais nommer les faits.
Ce refus d’entrer dans une lecture analytique du contexte a un prix : il laisse le terrain libre aux plus bruyants, ceux qui transforment l’indignation en prosélytisme, qui confondent mobilisation citoyenne et campagne de propagande.
À l’opposé, certains « activistes » se rêvent nouveaux tribuns. Leur flux ressemble moins à une enquête qu’à une homélie : le ton moralisateur, la certitude de détenir la vérité, le doigt pointé vers quiconque n’adhère pas assez vite sous forme de likes et de reposts leur message.
Ce manichéisme dessert la cause qu’ils prétendent défendre. On ne bâtit pas une société plus juste en distribuant des brevets de pureté ou en multipliant les injonctions à « partager pour prouver sa solidarité ».
Entre ces deux extrêmes – le silence confortable et la prédication rageuse – il y aurait place pour une parole réellement responsable : poser les faits, contextualiser, admettre les zones d’ombre, accepter la complexité.
C’est plus exigeant, moins spectaculaire, mais c’est ce dont nous avons besoin si nous voulons que la jeunesse juste qui manifeste aujourd’hui puisse demain construire autre chose qu’un cycle d’indignation et d’oubli.
photo : quelques mètres plus loin de ces entreuprenants fournisseurs de raphia pour les sacs qui seront vendus à coups centaines d’euros, je me suis faite rackettée plusieurs dizaines de milliers d’ariary pour pouvoir passer un barrage afin de rentrer chez moi, rater ma réunion et éviter les échauffourées touça dans un périmètre de 2 km.