Au marché Forum d’Adjamé, me voilà assise bien sage, en attendant que mon collègue négocie ses achats en dioula, qu’il parlait avec un accent bambara.

Effectivement, je ne devais piper mot, surtout pas en français, car mes capacités de marchandage étaient déjà très minables, et en plus les dames me prenaient pour une Chinoise !

Je travaille dans un milieu complètement polyglotte depuis des années.

Je suis littéralement trilingue depuis les débuts de mon parcours en architecture, en stage mes patrons parlaient trois langues en plus de l’anglais et du français ; mes oreilles se sont donc habituées au jargon technique avec des glissements linguistiques passant du russe à l’italien au serbe, facile crème.

Je ne remets pas sur la table mon nihilolinguisme en espagnol : je sais le lire et l’écrire, mais je suis incapable de le parler couramment depuis mon Bacc en 2000. j’ai juste oublié.

Quand il s’agit d’architecture pourtant, les principes et les techniques sont rigoureusement similaires, sinon meilleurs d’un terrain à l’autre.

Ces opportunités d’enrichissement font partie de mon quotidien depuis que j’ai orienté ma carrière vers des projets tournés vers des équipes ou des sites internationaux.

Que ce soit en plein milieu d’une mine à Moramanga ou quelque part en Ontario, je dois d’abord affûter ma maîtrise des standards et des us et coutumes avant de décider quelle langue sera à privilégier.

Comme cette fois où l’équipe norvégienne organisait un Zoom sur un projet à Antsirabe, ou l’autre fois où je guidais mon collègue anglophone ougandais dans les méandres administratifs francophones du Burundi, qui, en fin de compte, parlait couramment le kirundi, me laissant un peu paumée sur un terrain culturel qui m’était totalement nouveau.

Je reviens donc sur ce fabuleux langage de l’architecture, qui ne nécessite pas de Duolingo ni une quelconque prédisposition culturelle pour mieux comprendre les résultantes différentielles sur la façade d’un bâtiment… quoique…

Dans la salle de réunion, cette semaine, nous naviguions entre l’arabe, bien sûre la langue franca de la région africaine australe, le français, et en dernier recours l’anglais.

Lorsqu’on se débattait pendant les pauses sur les solutions de traitement d’humidité pour les façades à Abidjan, toutes les marques possibles se listaient avec, en parallèle, une énormissime liste de techniques, des plus traditionnelles aux plus sophistiquées.

Voir les visages s’illuminer en racontant chacun leur expérience est la raison pour laquelle l’architecture est humaine avant d’être de terre et de liant.

C’est juste aussi priceless que de sensibiliser une ingénieure sud‑américaine aux risques sociaux du béton, en termes de sourcing des matériaux, tels que le gravillon provenant de mines clandestines employant des enfants ou le sable de rivière creusant encore plus l’impact du secteur sur les équilibres socio‑environnementaux.

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