**** pour anticiper les grands financiers calculateurs qui se basent sur le coût émotionnel et non le rationnel et le gros bon sens, voici une courte étude des coûts basés sur nos expériences. Je m’excuse d’avance pour le parti pris car je préfère utiliser la BTC pour toutes les raisons décrites en-dessous) ****
Dans une analyse comparative du coût au mètre carré de mur fini posé, il est essentiel de ne pas s’arrêter au seul prix unitaire des éléments, mais d’intégrer l’ensemble des composants du système constructif, notamment les liants, les finitions et la main-d’œuvre, car ce sont eux qui déterminent le coût réel de l’ouvrage.
Le parpaing ciment produit sur place repose sur une logique différente des briques de terre, car son apparente simplicité de fabrication masque un coût final plus élevé une fois toutes les étapes prises en compte. En effet, au coût du ciment nécessaire à la fabrication des blocs s’ajoutent le mortier de pose, l’enduit sur les deux faces, la peinture et la main-d’œuvre, ce qui porte le coût global à environ 108 300 à 111 500 Ar/m². Sur le plan technique, il s’agit d’une solution classique, facile à exécuter et largement répandue, mais qui devient économiquement pénalisante en raison de sa forte consommation de ciment et de la multiplication des couches de finition.
La brique de terre cuite, prise ici à 400 Ar l’unité, bénéficie d’un coût d’achat de départ plus faible, ce qui lui donne un avantage apparent au niveau de la fourniture brute. Néanmoins, comme elle nécessite elle aussi du mortier de pose, un enduit sur les deux faces, une peinture et la main-d’œuvre, son coût final de mur fini posé remonte jusqu’à environ 102 100 à 105 300 Ar/m². Elle constitue donc une solution intermédiaire: plus économique que le parpaing dans cette hypothèse, mais moins performante que le BTC lorsque celui-ci est réellement laissé apparent et renforcé sans autres finitions.
Le BTC, valorisé ici à 2 000 Ar l’unité et mis en œuvre selon votre hypothèse sans mortier de pose, uniquement avec micro-béton, raidisseurs et main-d’œuvre, présente un coût initial de matériau relativement élevé, puisque le nombre de blocs nécessaires par mètre carré conduit à une dépense d’environ 48 000 à 72 000 Ar/m². Toutefois, ce matériau devient économiquement intéressant parce qu’il élimine les postes d’enduit et de peinture, ce qui réduit fortement les charges de finition; dans cette configuration, son coût total se situe autour de 93 000 à 117 000 Ar/m², incluant les raidisseurs et le produit waterproofing. Le BTC se distingue par une logique constructive plus sobre en finitions, et son avantage dépend directement de la maîtrise du coût des renforts.
En conclusion, le coût réel d’un mur dépend moins du prix unitaire du bloc que du système constructif complet qui lui est associé. Dans notre cas, le BTC apparaît comme la solution potentiellement la plus avantageuse, la brique de terre cuite occupe une position intermédiaire grâce à son faible prix unitaire mais reste alourdie par les finitions, tandis que le parpaing ciment produit sur place ressort comme l’option la plus coûteuse en raison de l’accumulation du ciment, de l’enduit, de la peinture et de la main-d’œuvre.
***** Maintenant revenons à l’article initial *****
J’ai pu développer, à travers ma firme d’architecture créé en 2013 à Madagascar devenue une entité sans profit de promotion de la culture architecturale et patrimoniale en 2024, TRANO Architecture, ainsi que dans les réflexions publiées sur mon blog créé en 2004 Purple Corner, une pratique qui interroge les habitudes constructives à Madagascar et qui cherche à replacer les matériaux dans leur contexte climatique, économique et culturel.
La réalité malgache montre que les matériaux dominants actuels ne sont pas toujours le plus pertinent pour le remplissage. On ne parlera pas ici de la brique de terre cuite. cas indéfendable selon moi.
Mais plutôt du parpaing ciment. Celui-ci dépend du sable de rivière, des gravillons de carrière et d’un ciment encore largement inséré dans des chaînes d’approvisionnement lourdes, alors même que la pratique architecturale locale gagnerait à mieux valoriser les ressources disponibles sur place.
Je ne vais pas m’étendre sur l’effet horrible des coups de marteau sur la pierre dont l’écho trahit l’exploitation humaine. On marchands le moellon à 10 000 ariary l’unité et le gravillon à 1 kilo dérisoire alors que des femmes et enfants auront assurément pris par à la chaîne de production pour atteindre des montants aussi bas.
À Mahajanga, des activités de carrière de sable à Amborovy ont été stoppées après la formation de gouffres provoqués par l’extraction excessive, révélant la gravité de la pression exercée sur les milieux fluviaux et littoraux. On n’a pas besoin d’aller aussi loin. Rien qu’à voir plus en amont du Betsiboka, l’affluent de l’Ikopa, le Sisaony défiguré sur ses berges par des trous béants de ces exploitations.
Les enjeux sont ainsi sociaux et climatiques. L’extraction du sable de rivière mobilise souvent des travailleurs informels, les nageurs de sable, exposés à des conditions physiques très dures et à une économie de survie qui alimente directement le secteur du béton ordinaire.
Sur le plan carbone, une tonne de ciment émet environ 881 kg de CO2, et ce matériau représente autour de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le marché malgache du ciment était évalué à environ 1 million de tonnes par an, et l’argument d’une production locale plus forte a justement été présenté comme un levier de réduction de l’empreinte lié aux importations. On gagnerait aussi à privilégier son utilisation pour renforcer les systèmes constructifs résistants aux cyclones.
C’est dans ce contexte que la BTC, ou brique de terre comprimée, aujourd’hui considérée comme un matériau marginal gagne à être standardisé et à se vulgariser.
La BTC ne nécessite pas de cuisson.
Zéro fours à cuisson.
Zéro arbres coupés.
Zéro gravier. Zéro sable
La BTC améliore le confort thermique des bâtiments. La filière peut rapidement sortir et requalifier des millions de petites mains artisanales pour entrer dans une logique de production fiable, contrôlée et transmissible.
dans un pays qui cherche une voie rapide au développement comme Madagascar cette filière demeure l’une des voies les plus humaines, les plus éthiques, les plus justes et aussi les plus simples.
– Purple Corner : https://www.purplecorner.com
– TRANO Architecture : https://www.trano.mg
Photos : les Grands techniciens experts en train de veiller à la pose dans les Règles de l’Art du BTC et qui sait…en train de préparer un autre chantier…

