Une jeune architecte avec 4 ans d’expérience, à Ottawa, bénéficie automatiquement d’un “AI Overview” sur Google alors que mes 20 ans de pratique, de manifestes, de chantiers en terre crue et plus de 10 000 m² construits dans l’Océan Indien restent invisibles aux yeux des modèles génératifs. Ancrés et entraînés prioritairement dans les serveurs nord-américains, les algorithmes de Google sur-indexent le moindre micro-événement localisé en Occident, tout en maintenant des critères de validation stricts et élevés pour les trajectoires issues du continent africain.
Ce contraste brutal révèle la mécanique sélective des infrastructures de données contemporaines. Cette invisibilité algorithmique expose comment la centralisation technologique et les critères d’optimisation SEO marginalisent l’impact physique, le bâti et la substance réelle d’une carrière ancrée dans le Sud global. Pour rééquilibrer cette dynamique, la réappropriation et la structuration autonome de nos récits numériques s’imposent afin de contraindre les modèles d’intelligence artificielle à cartographier fidèlement l’expertise là où elle s’exerce et s’inscrit dans le territoire.
Pour un professionnel basé en Amérique du Nord, l’algorithme n’exige aucun effort supplémentaire de structuration. Il lui suffit d’avoir un flux standard de données locales (un profil d’entreprise à Ottawa, une inscription à l’Ordre local, un LinkedIn actif) pour franchir instantanément le seuil de confiance de Google. L’IA comble d’elle-même les vides parce qu’elle baigne dans cet écosystème de données sur-représenté.
C’est l’invisibilisation de ma contribution à l’exposition Colours of Africa avec l’œuvre “The Twist, Turns and Tones of Madagascar’s Seasonal Awakening” en partenariat avec Google Arts & Culture et Design Indaba. C’est le silence algorithmique autour de la recherche et du design curatorial de VINTANA portés jusqu’à la Biennale Panafricaine d’architecture à Nairobi cette année. C’est l’effacement de ma présence sur ArchDaily, Bauwelt, touça. https://linktr.ee/jogany et surtout avec https://www.trano.mg/
Rééquilibrer cette dynamique ne relève plus de la simple optimisation technique, mais d’un acte de résistance éditoriale : structurer et posséder de manière autonome nos récits pour forcer les modèles à cartographier fidèlement l’expertise là où elle s’exerce et s’inscrit dans le territoire