C’est aussi une note nostalgique de ce si beau quartier de CDN à YUL qui se targuait d’être le plus multiculturel d’Amérique du Nord et qui m’accueillit alors jeune étudiant en urbanisme en ses lieux si chaleureux. Le petit resto haïtien derrière le centre communautaire qui donnait sur le Parc Jean-Brillant, les nuits blanches à l’École d’Archi Côte-Sainte-Catherine pour après faire ses courses chez le Philippin rue Victoria ou plus bas sur Van Horne. Une autre ville où les noms s’empilent avec le temps et les migrations.

Bytown est devenu Ottawa en 1855, l’année même où la reine Victoria choisissait cette ville comme capitale du Canada.

Ottawa. Le nom lui-même est un paradoxe vivant. Il vient du mot anishinaabemowin adawe — «commercer, acheter et vendre» — porté par le peuple Odawa, l’une des trois nations de la Confédération des Trois Feux avec les Ojibwé et les Potawatomi.

Quelque part dans ce glissement colonial, un nom autochtone a survécu — anglicisé, institutionnalisé, vidé de sa langue d’origine, mais jamais tout à fait effacé. La capitale fédérale du Canada porte un nom algonquin sans que la plupart de ses habitants en connaissent l’origine.

Je suis parti du Canada en 2012. Quatorze ans plus tard, je reviens avec un retard réel sur la question de la réconciliation. Un retard culturel que j’assume pleinement. Ce que j’assume déjà aussi, c’est sept ans d’études supérieures ainsi que six ans en tant que professionnel au Canada très distante de ce que signifiait étudier sur ces terres.

J’apprends à travers mes enfants l’existence de l’appel à l’action n°62 de la CVR demandant explicitement aux établissements d’enseignement d’intégrer les histoires et savoirs autochtones dans leurs cursus. Nous avons même eu un débat brûlant avec ma fille aînée sur l’importance de bien cadrer ces enseignements dans le respect et la prise en charge des communautés elles-mêmes.

En 2015, la Commission de vérité et réconciliation publiait son rapport final avec 94 appels à l’action documentant les séquelles des pensionnats autochtones. En 2021, la découverte de 215 sépultures non marquées près de l’ancien pensionnat de Kamloops provoquait un choc national. La même année, le 30 septembre devenait Journée nationale de la vérité et de la réconciliation — jour férié fédéral. En 2022, le pape François présentait des excuses officielles à Maskwacis, Alberta.

Gathering Place est le titre de l’exposition d’art inuit que j’ai croisée dans le quartier de Sandy Hill. Le panneau s’ouvre sur le syllabaire inuktitut qaniujaaqpait avant même le français ou l’anglais. Comme l’écrit Norman Vorano de l’exposition “Cutting Ice” : «Savoir apprécier l’art inuit moderne nous aide à voir au-delà de l’optique du colonialisme, lorsqu’on percevait les Inuits comme des êtres appartenant à un passé lointain.» Les peuples autochtones ne sont

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