Ça fera bientôt un an dans quelques jours que j’ai vécu cette expérience extraordinaire de faciliter l’atelier du “Knowledge Circle” lors du workshop Panafricain organisé par l’African Women’s Development Fund. Le plus marrant sur cette scène étant que seuls moi, les traducteurs et les collègues Mozambicaines savions que je ne comprenais pas grand-chose du Portugais — enfin, si, un peu des fois — et mimais intelligemment les expressions.

Ce matin, un ingénieur bilingue a posé une question sur notre forum interne : comment pratiquer une troisième langue dans le cadre du travail ?

Dans une autre vie, pas très lointaine, je m’amuse à danser le Séga sous les douces notes de “La case créole” de Jean-Jacques Debout — une toune proposée par l’éminent architecte Bernard Perrine dans le projet sur lequel nous travaillions ensemble sur l’île Maurice. La Malgache que je suis saisit quelques mots et en même temps tout le sens des paroles. Le sentiment de rentrer chez soi, là où la porte restera toujours ouverte, d’où qu’on vienne, où que l’on aille. Eh ben je me sentais tout aussi à l’aise en tant que Bushi débarquant à Moroni quelques années auparavant — saisissant bien la parenté et la distance avec cette langue Shikomori bien Comorienne. Beaucoup y parlaient Gasy avec une aisance déconcertante et cette familiarité affectueuse qui dit qu’une langue peut traverser un bras de mer ou quelques frontières et s’installer dans une autre bouche sans perdre son âme.

Et dimanche dernier, entre deux bouchées de Puba, bien familier de notre Ravitoto national : je me vantais de maîtriser la Rhumba — genre je ne sais pas du tout danser alors que j’ai bel et bien grandi sous les rythmes du très beau “Ngiyakuthanda Papa Wemba” par la majestueuse Brenda Fassie. Imaginez-moi dans une fête Congolaise, clairement pas au rythme. Et dans ma perpétuelle vantardise, ou plutôt gourmandise, je leur conte mon affection pour le terme Swahili “Karibu” dans un Bujumbura au Kirundi bien chansonnant, pendant que mon collègue Ougandais se perdait dans son Lingala. En fin de compte, “Karibo” ce sera aussi bon appétit dans notre Antsiranana bien nordique.

Je boucle donc une année bien complète en mode “Eat-Pray-Love” à enseigner les rudiments du Malgache une langue Austronésiene aux accents Bantoues parlée par seulement 30 millions de personnes dans le monde — et pas jusqu’à aller au niveau du Kabary que je ne maîtrise alors là pas du tout. Ce sera depuis la très bilingue franco-anglophone Ottawa à une collègue basée à Bogota, en échange d’Espagnol. Quel Espagnol déjà ? me demande ma conscience. Je maîtrise mon Gabriel García Márquez. Je connais Neruda. Je connais Vargas Llosa. J’adore Almodóvar. Mais la langue qu’on lit et la langue qu’on vit sont deux pays différents.

¿Empezamos?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *