Henri Ratova, 1926

On parle souvent de l’Avarapatana, près du foyer au centre, où se content le fiaraha-mitatana, les discussions et les histoires de la journée. Cette scène se déroulerait avant le Loha-tory afin de bercer les oreilles avec des angano. Selon plusieurs paramètres, quelqu’un qui naît en Alamahady, placé au zozo-fiarazana au Nord-Est, ne peut sortir au moment du Mitatao toatra ni du Maty Masoandro sous peine de subir un malheur. Et dans l’aménagement intérieur, on coordonne souvent le placement du lit la tête au Nord, les pieds au Sud. Fomba izay tsy hita izay maha ratsy azy, une pratique acceptable et qui n’a pas lieu d’être bouleversée, diraient les Ntaolo. En se projetant dans son espace, le malgache évolue aussi entre différents niveaux de permanence ou plutôt d’impermanences. Et c’est lorsque calée dans la maison-horloge, celle qui est marquée par la danse de la lune avec le soleil, que la famille a conscience de ses repères. La cosmogonie temporise la vie quotidienne du malgache. Mais il ne s’agit pas ici de se fendre dans le fanandroana, la croyance ou le spiritisme, nous nous limitons aux usages du profane avec des explications fondées sur l’empirique et le bioclimatique.

LE VINTANA, PROJECTION DE LA COSMOGONIE DANS L’ESPACE MALGACHE

À Madagascar tout projet de construction obéit au Vintana, le tracé ordonné dicté par les points cardinaux. On relie ainsi le plan de la maison par la révolution lunaire avec la métaphore du destin. Elle est orientée selon la direction Nord-Ouest, axe honorifique mais aussi de façon physique. Nous y avons surtout façade la plus longuement exposée à l’ensoleillement. Ce qui est bénéfique . Les 4 coins de l’espace, les 4 joro Alahamady, Asorotany, Adimizana, Adijady , rejoignent cette symbolique de l’enchevêtrement destin et espace par rapport au pilier central, Andry. Chaque individu et chaque objet a sa place planifiée ou prédestinée dans l’unité familiale. Par exemple à l’Est, Adaoro et Adizaoza, se pratique la prière là où naît le soleil. Le Nord, partie sacrée, ne se piétine que pour les rituels honorifiques par le chef du ménage et pour l’accueil des étranger. À l’Ouest (Alakarabo et Alakaosy) se localisera l’unique porte de l’habitat, façade où on voit l’exposition au soleil diminuer jusqu’au coucher. Pour finir au périmètre Sud, Sud-Est où se classent les éléments souillés, au Sud-Sud l’Atsimom-patana, les serviteurs mais aussi se rangent tous les outils qui servent au travail, le vitam-panaka. De façon scientifique, cette façade est la plus exposée aux vents du Sud-Est ce qui refroidit constamment cette section de la maison la rendant peu confortable.

CROQUIS DE LA MAISON TROPICALE, BASE DE LA CASE MALGACHE, BIOCLIMATIQUE DANS SES FONDEMENTS

C’est surtout lors des confinements dûs au Covid-19 que les ménages se sont retrouvés confrontés aux dimensions de l’espace et du temps dans leur intimité. Selon la temporalité malgache, Tetiandro, qui dictait déjà les comportements domestiques et les occupations des malgaches depuis des siècles, les familles ont retrouvé la conception du temps non plus guidées par des impératifs du travail et de la vie sociale mais plutôt selon la position du soleil dans la journée et donc du rituel qui l’accompagne. Lorsque le soleil se pointe mais que la luminosité n’est pas très forte aux environs de 5h à 6h du matin, ont lieu le Mifoha olona jusqu’au Miran’andro. Et la maisonnée vaquait à ses tâches de la matinée du Maneno akoho tokana, Mivoaka omby au Vahavahana amboditrano ny andro. C’est de 11h à Midi que le soleil commence à réchauffer à atteindre son point zénithal, le Mitatavovonana. Bien que dans les milieux urbains, il ne soit pas question de sortir le bétail, les dénominations de la seconde partie de la journée se conjuguent avec la poésie du quotidien : Tafalantsaka ny Andro, Mena Masoandro, Homam-bary olona, Loha-tory… Ainsi durant ces temps difficiles de perte de repères où Madagascar s’est aligné avec les réalités globales, on pouvait affirmer que ce serait aussi grâce à nos fomba, nos racines et surtout notre conception philosophique de retrouver refuge dans la maison que l’individu ait pu maintenir son équilibre émotionnel et biologique.

Xhi sy M’aa

Ouvrages Généraux et Fondamentaux sur Madagascar et sa Culture :

  1. Grandidier, Alfred et Guillaume.Ethnographie de Madagascar. (En plusieurs volumes). Paris: Imprimerie Nationale, 1892-1928.
    • Commentaire : Une œuvre monumentale, bien que datée, qui reste une référence historique pour l’ethnographie malgache. Il est fort probable que les observations de Henri Ratova (1926) aient été influencées par ce type de documentation ou qu’il y ait contribué.
  2. Condominas, Georges.Nous avons mangé la forêt. Paris: Mercure de France, 1957 (rééd. 2005).
    • Commentaire : Bien que centré sur l’ethnie Mnong au Vietnam, Condominas est une figure majeure de l’anthropologie descriptive. Ses méthodes et l’attention portée aux relations entre l’homme et son environnement sont pertinentes pour aborder l’étude des sociétés traditionnelles, y compris malgaches. Il n’est pas directement sur Madagascar mais sur l’ethnographie descriptive.
  3. Raisin, Jean-Pierre.Madagascar, l’homme et le milieu : Une approche géographique. Paris: Karthala, 1984.
    • Commentaire : Offre une perspective géographique essentielle pour comprendre les interactions entre les populations malgaches et leur environnement, ce qui est crucial pour l’architecture bioclimatique.

Ouvrages Spécifiques sur l’Architecture, l’Espace et la Cosmologie Malgaches :

  1. Bloch, Maurice.From Blessing to Violence: History and Ideology in the Circumcision Ritual of the Merina of Madagascar. Cambridge: Cambridge University Press,1 1986.
    • Commentaire : Bloch est un anthropologue de premier plan sur Madagascar. Bien que cet ouvrage porte sur la circoncision, ses travaux abordent fréquemment l’importance de l’orientation spatiale et de la cosmologie dans les rituels et la vie quotidienne des Merina, y compris l’agencement des maisons.
  2. Feeley-Harnik, Gillian.The Lord’s Table: The Meaning of Food in Early Judaism and in the World of Jesus. Smithsonian Institution Press, 1994.
    • Commentaire : Bien que le titre ne semble pas directement lié, les travaux de Feeley-Harnik sur Madagascar touchent à la symbolique spatiale, à la nourriture et aux rituels. Elle a écrit des articles ou chapitres sur l’organisation sociale et rituelle qui peuvent inclure l’espace domestique. Il faudrait chercher des articles spécifiques si ce n’est pas l’ouvrage principal.
  3. Larson, Pier M.History and Memory in the Age of Enslavement: Becoming Merina in Highland Madagascar, 1770-1822. Portsmouth, NH: Heinemann, 2000.2
    • Commentaire : Cet ouvrage historique peut offrir des aperçus sur la formation des identités et les pratiques sociales, y compris l’organisation des habitats, pendant une période clé.
  4. Articles et Thèses sur l’Architecture Vernaculaire Malgache :
    • Recherchez des articles dans des revues spécialisées en anthropologie, en architecture ou en études africaines, tels que Journal des Africanistes, Anthropologie & Sociétés, Cahiers d’Outre-Mer, ou des thèses universitaires. Des mots-clés comme “architecture traditionnelle Madagascar”, “maison malgache”, “Vintana”, “cosmogonie malgache”, “habitat rural Madagascar” vous aideront.

Ressources en Ligne (à évaluer pour leur rigueur scientifique) :

  1. Sites Universitaires et Associations Culturelles :
    • Certaines universités ou centres de recherche dédiés à l’Océan Indien ou à l’Afrique peuvent publier des ressources en ligne. Les associations de préservation du patrimoine malgache peuvent également proposer des informations.
    • Les références fournies dans le texte original, bien que des sites web personnels ou non académiques, peuvent être des points de départ pour trouver d’autres sources ou des témoignages :

Conseils de Recherche :

  • Mots-clés : Utilisez des termes spécifiques comme “Antananarivo architecture”, “Merina house”, “Zafimaniry woodcraft” (pour une ethnie particulière reconnue pour son architecture et ses sculptures), “Fady” (interdits malgaches, souvent liés à l’orientation spatiale), “tabou”, “sacré et profane Madagascar”.
  • Auteurs : Cherchez des travaux d’anthropologues contemporains ayant étudié Madagascar (ex: Raymond Decary, Jacques Faublée, Christian Geffray, Sandra Evers, David Graeber – bien que plus généraliste, il a fait des recherches sur l’argent à Madagascar).
  • Bibliothèques Universitaires : Les bibliothèques des universités ayant des départements d’anthropologie, d’études africaines ou d’architecture (surtout celles axées sur l’architecture vernaculaire ou durable) sont d’excellentes ressources.

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