photos : Bâtiment en Briques de Terre Crue pour l’Ecole Hotelière VATEL à Mamory Ivato par www.trano.mg
Il y a des architectes qui commencent leur carrière le jour de la remise du diplôme. Et puis il y a ceux dont le parcours débute bien plus tôt — le jour discret où une intuition s’installe. Pour @chaik.djiva, cette vocation est née sur les collines au milieu des maisons en terre crue qui se fondaient dans le paysage sans chercher à briller. C’est dans cette évidence tranquille qu’il a compris, sans encore le formuler, que l’architecture n’est pas d’abord un geste spectaculaire mais une réponse juste, ancrée dans un sol, un climat, une culture.
Son mémoire de Master à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val-de-Seine, dirigé par Justyna Morawska dans le cadre du DE 3 Atlas : Lieux et places (Session de mars 2026), porte un titre qui sonne comme une déclaration d’attachement : Sur les terres de l’Île Rouge. Il interroge un paradoxe profondément malgache : comment une ressource aussi intrinsèque au territoire a-t-elle pu devenir le symbole d’une précarité que la modernité chercherait à effacer ? À travers une lecture croisée des héritages constructifs et des dynamiques socio-économiques contemporaines, il démontre que cette marginalisation n’est ni technique ni inévitable. Elle est culturelle, politique, systémique. Et donc réversible.
L’intelligence de sa réflexion réside dans la nuance. Il ne s’agit ni de rejeter le béton ni de sacraliser la tradition. En s’appuyant notamment sur la pensée de Hassan Fathy, il distingue le progrès technique de l’imitation esthétique. L’innovation, écrit-il en substance, ne doit pas être tolérée pour elle-même ; elle doit répondre à une transformation réelle des circonstances. À Madagascar, cela signifie transformer la terre crue en système constructif performant, capable de dialoguer avec les normes contemporaines tout en restant accessible aux habitants. Il propose ainsi une approche à deux vitesses : une architecture populaire, auto-construite et encadrée par des modèles reproductibles, et une architecture d’auteur, exigeante, démonstrative, servant de vitrine à la modernité du matériau.
Ce mémoire révèle surtout un jeune architecte non seulement doué, curieux mais surtout convaincu par ses principes et ses valeurs. Pour Mamod Raza Chaik, l’architecte est celui qui structure, standardise, transmet, améliore, puis s’efface lorsque l’autonomie devient possible. L’architecture cesse alors d’être une mise en scène pour redevenir un outil de souveraineté. Réhabiliter la terre crue : estaurer une cohérence entre le territoire, la technique et l’humain.
Il a compris que les maisons les plus humbles pouvaient porter une vérité architecturale plus profonde que les façades de verre. Ce mémoire n’est pas un aboutissement. C’est le manifeste d’un architecte qui a déjà trouvé sa direction : faire du sol malgache le fondement d’une modernité habitée, consciente et durable.
Bon vent à toi cher confrère !