Le travail commence maintenant.

Il s’ouvre dans un vaste mouvement de reconnaissance, de documentation et de reliance : relier les inventaires aux lieux, les collections aux absences, les manuscrits aux familles, les artefacts aux royaumes, les objets aux cosmologies qui leur donnaient sens. Cette étape appelle une intelligence collective, portée à la fois par les historiens, les conservateurs, les juristes, les communautés, les familles, les descendants, les lecteurs et les gardiens de mémoire, parce que le patrimoine continue de vivre dans les récits, les usages, les noms, les gestes et les langues qui le transmettent. La recollection apparaît alors comme une responsabilité civique autant qu’un travail savant : elle consiste à rassembler ce qui a été dispersé, à rendre lisibles les continuités, et à faire place à la participation la plus large possible de celles et ceux qui créent, entretiennent et transmettent le patrimoine

La France a adopté le 13 avril 2026, à l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif à la restitution de biens culturels provenant d’États qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés. Après le vote du Sénat en janvier, ce texte installe un cadre pérenne pour les restitutions et marque une étape politique longtemps attendue par les pays demandeurs. Ce moment compte parce qu’il reconnaît enfin, dans le langage même du droit, que certaines œuvres conservées dans les collections publiques françaises sont issues de violences, de contraintes et de rapports de domination, notamment coloniaux. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/04/13/restitution-des-biens-culturels-pilles-pendant-la-colonisation-l-assemblee-adopte-une-version-amendee-du-projet-de-loi_6679761_3212.html

Depuis longtemps déjà, les articles rassemblés sous #discovered #disappeared #stolen #lost and #recollected suivaient cette réalité par fragments. Ils racontaient ce qui réapparaît, ce qui manque, ce qui a été prélevé, ce qui a été disséminé, et ce qui demande aujourd’hui à être reconnecté. 

Je repense alors au Rova d’Ambohimanga, à la case d’Andrianampoinimerina, à Mahitsielafanjaka, aux quelques mobiliers et ustensiles encore présents. Leur présence est précieuse, mais elle éclaire aussi l’ampleur de ce qui a quitté le pays. Lorsqu’on retrouve ailleurs des artefacts dont les formes répondent à ce qui subsiste à Madagascar, l’absence devient lisible autrement : elle prend le visage d’un déplacement, d’une extraction, puis d’une circulation marchande devenue presque ordinaire. En parallèle, l’histoire du design moderne montre combien l’Europe a su transformer en nouveauté autonome des inspirations africaines qu’elle avait puisées sans toujours les nommer, comme l’illustrent les liens établis entre l’art africain, Picasso et les avant-gardes modernistes.

Cette histoire passe aussi par des figures comme Charles Renel, qui a réuni au début du XXe siècle une collection d’art et d’artisanat malgache aujourd’hui dispersée dans plusieurs musées français. Le musée des Confluences rappelle que la collection Renel, reçue entre 1932 et 1936, comprend plus de 300 pièces et documente des productions artistiques, des formes de vie et des pratiques cultuelles malgaches du début du siècle. Le destin de ces objets entre Tananarive, Lyon et Paris donne une forme concrète à l’histoire coloniale du patrimoine : des choses quittent leur territoire, changent de statut, entrent dans les musées, et acquièrent une nouvelle visibilité au prix d’un éloignement de leurs contextes d’origine.

Le patrimoine écrit malgache raconte la même histoire sous une autre forme. L’exposition de la BULAC sur l’écriture sorabe a mis en lumière une tradition savante toujours vivante, à travers des manuscrits conservés à la Bibliothèque Houphouët-Boigny de l’Académie des sciences d’outre-mer et des documents issus des collections de la BULAC. Ces corpus rappellent que certains manuscrits ont été transportés en Europe par des missionnaires ou des administrateurs coloniaux, tandis que des lettrés malgaches ont produit des livres en malgache pour transmettre localement le contenu de ces textes. La restitution concerne donc aussi les archives, les langues, les supports d’écriture et la possibilité de relire son histoire à partir de ses propres sources.

Le travail de Klara Boyer-Rossol a donné une densité humaine, historique et politique à la question de la restitution à Madagascar. Historienne de l’Afrique et spécialiste de Madagascar, des Makoa et des circulations forcées dans l’océan Indien, elle a aussi mené de longues recherches sur les restes humains malgaches conservés en France, notamment autour du roi Toera et des restitutions sakalava. C’est dans ce sillage que nous nous sommes encore retrouvées autour d’un Zomba à concevoir, comme si la recherche, la mémoire et l’espace appelaient ensemble une même œuvre de réarticulation, de présence et de forme.

comme je l’ai dit plus haut : Le travail commence maintenant

photo : photo : Le katibo Ramanambahoaka, tenant dans ses mains le manuscrit HB2 aujourd’hui à l’ASOM. Photographie remise à Philippe Beaujard par l’arrière petit-fils de Ramanambahoaka, au village de Vatomasina. Elle a été publiée dans l’ouvrage de Philippe Beaujard, Traditions historiques du Sud-Est de Madagascar : le manuscrit arabico-malgache HB2, Paris, Geuthner, 2019.

#discovered #disappeared #stolen #lost and #recollected

part 2 :

https://www.facebook.com/jogany/posts/pfbid0oMJYnVFK6ytzsuZs59YqQYQPTQi3tYhQxZBPR9Te8PmjNkDziCWe5T1jtHdwyQ11l

part 3 :

https://www.facebook.com/jogany/posts/10159472723846129

part 4 : 

https://www.facebook.com/jogany/posts/pfbid02ux9bbJ8aFUgWGDXg1DcZpg847gCSJpkWs3eVoejWx41pzxj9VjhKVPBXtTaUGhEJl

part 5 : 

https://www.facebook.com/jogany/posts/pfbid02HUkQfcv3jPhGeNGqqddQVaS3JTM6rn3jcpqSmfbwuDH5k4cFWBab9NXkBPfVi4N2l

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