La richesse méconnue de l’héritage Swahili au service de la résilience bioclimatique dans l’architecture littorale malgache

Très rapidement comme par un jeu du destin, dans le prolongement de mes travaux présentés à la Biennale Pan-africaine de Nairobi (réflexions et productions qui ont tout de même commencé en Juin 2025), je me retrouve embarquée dans une très belle aventure historico-morphologico-socio-architecturale à explorer le monde Swahili. 

petite note : le voyage a été réalisé il y a plusieurs années. les recherches personnelles que je mène actuellement ont été déclenchée par ces découvertes circa 2021 et de récentes nouvelles rencontres. Le constat qui a piqué ma curiosité : les Malgaches font aussi partie de la civilisation Swahili mais comment mieux l’exposer pour apprendre à mieux construire en cohérence avec le contexte régional ?

Cette civilisation très méconnue depuis Madagascar touche pourtant ses régions parmi les plus importantes et a laissé sa trace bâtie sur des sites les plus anciens et prestigieux du Nord de l’île. La grande absence de cette architecture dans les constructions modernes se révèle  comme d’habitude, avec l’usage abusif de la ventilation mécanique et du béton.

Comment expliquer cet oubli, ce déni? Lorsque des photos des vieilles rues de Marovoay  ne donnent pour explication que “maisons arabiques”, on se rend compte de ce qui a été perdu et de ce qui se doit d’être re-conjugué au présent pour construire un très beau futur.

Lamu, Zanzibar, Mogadiscio, Dar-es-Salam sont des villes qui ont échangé avec Moroni et Mahajanga et cela durant plusieurs siècles. Dans la même langue, tissant les mêmes familles, la même culture.

La richesse de l’architecture Swahili a été étudiée par plusieurs chercheurs dont mon amie Louisette Rasoloniaina. Aussi quand ce groupe m’a inclus dans leur initiative je n’ai pas hésité à réviser les classiques et vanter le potentiel patrimonial énorme de l’héritage Swahili à Madagascar.

Désormais lorsqu’un maître d’ouvrage consulte sur les caractéristiques régionales des constructions du Nord du pays, comme sur les trano gasy, l’architecte malagasy devra aussi composer avec des principes fondamentalement tournés dans les résiliences climatiques et l’usage frugale des matériaux locaux.

La grammaire Swahili-Malgache : frugalité et performance bioclimatique

Réintégrer la logique Swahili dans le vocabulaire contemporain permet de répondre directement aux défis climatiques du littoral malgache. Cette architecture repose sur des principes constructifs et physiques éprouvés :

  • Inertie et respiration de l’enveloppe : Les maçonneries traditionnelles en bloc de corail (coral rag) liées au mortier de chaux offrent une porosité idéale. La chaux laisse évaporer l’humidité saline sans dégrader la structure, tout en maintenant des parois fraîches grâce au déphasage thermique.
  • Gestion passive de l’air et de l’ombre : La ventilation transversale est maximisée par des ruelles étroites (mitaa) créant un ombrage mutuel entre bâtiments, combinées aux patios intérieurs (ziwanah) et aux ouvertures hautes. L’effet de tirage thermique (effet Venturi) extrait l’air chaud sans recours à l’énergie.
  • La varangue comme filtre thermique et social : Comme le souligne Louisette Rasoloniaina, la varangue (ou baraza dans la tradition swahili) constitue l’espace interstitiel par excellence. Elle protège les façades du rayonnement direct, casse les pluies de mousson et sert de seuil de sociabilité.
  • Structure frugale et géométrie des toitures : L’usage historique du bois de palétuvier (boriti) pour les portées, combiné aux toitures à pentes fortes évoquant les structures Limasan (mises en lumière par Noor Cholis Idham), assure un drainage rapide des eaux pluviales et une évacuation de la chaleur sous comble.

Beyond Colonial Narratives: Understanding the Varangue in Austronesian and Indian Ocean Architectures

https://www.linkedin.com/pulse/beyond-colonial-narratives-understanding-varangue-rasoloniaina-e9bcf?utm_source=share&utm_medium=member_android&utm_campaign=share_via

Jauze, Jean-Michel (2016). Patrimoine partagé : Traits communs en Indianocéanie, Commission de l’océan Indien — référence sur les maisons à varangue d’Ambalavao et les traits architecturaux communs aux îles de l’océan Indien .

Idham, Noor Cholis (2018). “Javanese Vernacular Architecture and Environmental Synchronization Based on the Regional Diversity of Joglo and Limasan”, Frontiers of Architectural Research, vol. 7, n° 3, p. 317-333 — typologie du toit limasan javanais lié aux formes malgaches .

ISVS (International Society for the Study of Vernacular Settlements), “Dwindling Vernacular Architecture of the Swahili Coast” — situe explicitement le nord de Madagascar et les Comores dans l’aire culturelle swahili .

Meuser, P. & Dalbai, A. (dir.), Architectural Guide Sub-Saharan Africa, Vol. 5: Eastern Africa — From the Great Lakes to the Indian Ocean (Kenya, Comores, Madagascar, etc.), DOM Publishers, Berlin, 2021.

Compasses World, “Learning from the past to build sustainable architecture: the Tudor Apartments by architect Urko Sanchez in Mombasa

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *